mercredi 21 septembre 2011

Ressortie : Barton Fink


Lors du festival de Cannes 1991, chaque soir, Roman Polanski, alors président du jury, lançait à Gilles Jacob en haut des marches : "vous n'avez pas trouvé mieux !" Puis vient la projection de Barton Fink qui emballa tellement le cinéaste qu'il lui décerna pas moins de trois prix (Palme d'or, prix d'interprétation masculine et prix de la mise en scène), une première. Une décision qui provoqua des remous et l'ire du Ministre de la culture de l'époque, Jack Lang. Polanski avait pourtant vu juste en décelant chez les frères Coen leur talent hors du commun à mêler l'absurde le plus noir au fantastique le plus farfelu. 

Les Coen n'en étaient pas à leur coup d'essai, ils avaient déjà réalisé Blood Simple, Arizona Junior et Miller's Crossing. Mais le sujet de Barton Fink était sans doute le plus personnel qu'ils aient alors écrit. Ils racontent l'arrivée à Hollywood, en 1941, d'un auteur de pièces de théâtre, Barton Fink (John Turturro), chargé par un nabab de rédiger un scénario de série B sur le monde des lutteurs. Installé dans un grand hôtel désert et inquiétant, l'écrivain, rapidement contaminé par l'angoisse de la page blanche, va faire la rencontre de Charlie Meadows (John Goodman), un étrange voisin... 

John Turturro, Prix d'interprétation masculine au festival de Cannes

Revoir aujourd'hui Barton Fink* est passionnant car il permet de le replacer dans la filmographie des Coen. Evoquant leur peur d'Hollywood et son système quasi totalitaire, les cinéastes décortiquent les moeurs de l'industrie à rêves avec un humour féroce qui n'épargne personne, pas même Barton Fink, un personnage plutôt imbu de sa personne et ouvertement méprisant envers le cinéma (comme d'autres dramaturges de l'époque). Le film rentre peu à peu dans la psyché du personnage qui va confondre rêve et réalité, une frontière floue savamment entretenue par la mise en scène qui prouve de manière éclatante le sens inné de l'espace et du cadre des frangins, filmant cet hôtel suranné comme un tombeau peuplé de fantômes invisibles. 

Métaphore de l'esprit dérangé du dramaturge par l'utilisation des papiers peints décrépis et suintant de la chambre d'hôtel, le récit bascule vers l'horreur dans une apothéose finale flamboyante. Porté par l'interprétation fiévreuse de John Turturro et l'exubérance de John Goodman, Barton Fink bouleverse tous les codes du cinéma et pose une première pierre majeure à une oeuvre dont on ne mesure pas encore l'étendue de la richesse. 

Antoine Jullien



* Le cinéma Le Champo à Paris organise le samedi 24 septembre et le samedi 1er octobre une nuit Frères Coen avec la projection de trois de leurs films suivie d'un petit-déjeuner.

Le Champo - 5, rue des Ecoles - 75005 Paris.
Renseignements : http://www.mission-distribution.com/?p=590

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